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comité du souvenir
des soldats ukrainiens
morts pour le France

LYON

colonel Victor Petit

JOURNAL
DE
MARCHE
1944


CHRONOLOGIEDE LA VIE DU COLONEL VICTOR PETIT


Le Colonel Victor PETIT est né le 24 novembre 1902 à Pommereuil dans le Nord.
1915-1920 Elève à l'Ecole Militaire Préparatoire de Rambouillet.

2.12.1920 Il est engagé volontaire pour cinq ans au 26ème Régiment d'Infanterie à Nancy

10.10.1924 Il est admis à l'Ecole Militaire d'Infanterie de Saint-Maixent. Il en sort 32ème sur 170.

1.10.1925 Il est nommé sous-lieutenant.

1.10.1927 Il est nommé lieutenant.
Il est alors affecté au 68ème Régiment de Tirailleurs Marocains, puis au 8ème R.T.M. à Casablanca (zone sud).

26.12.1934 Il est nommé Capitaine.

1938 Il est affecté au 506ème Régiment de chars de combat.
Il participe à la campagne 39-40 au 17ème B.C.C.

1941 Au printemps, il prend contact avec la Résistance.

23.3.1943 Il est promu Chef de Bataillon.

29.8.1944 Il prend le commandement du Bataillon Ukrainien.

23.1.1948 Il est nommé Lieutenant-Colonel.
24.11.1958 Il obtient le grade de Colonel.
23.11.1977 Il décède à Besançon.

DECORATIONS
  • CROIX DE GUERRE 1940
  • OFFICIER DE LA LEGION D'HONNEUR
  • MEDAILLE COLONIALE (AGRAFE MAROC)
  • OFFICIER D'ACADEMIE
  • MEDAILLE D'ARGENT d'E.P.
  • OFFICIER DU MERITE SPORTIF
  • DECORATION UKRAINIENNE (dont il était très fier)


    Colonel VICTOR PETIT
    Commandant du 2ème Bataillon Ukrainien dans les F.F.I.
    du Territoire du Doubs


    “CONNAISSEZ LA VERITE ET LA VERITE VOUS AFFRANCHIRA”

    Insinner riu Deuxinme Bataillon Ukrainien.

    1943 Actualités SIGNAL dans les salles de cinéma en France (et ailleurs).
    "Autre séquence. Cette fois, ce sont des paysans ukrainiens qu'on emmène, les bras en l'air, livides. Leurs crimes sont immenses. Ce sont des SABOTEURS, ce sont des ennemis du Reich, ce sont des ennemis de l'Europe» des S.S. vont s'occuper de ceux-là aussi, ils les coucheront dans la terre froide et puis ils repartiront en chantant gaiement EIN HELLER und EIN BATZEN...
    Reft Histoire de la Milice Delperrie de Bayac page 197




    “Aux vivants, aux morts, à ceux qui vont naître”

    “Lentement, les unes après les autres, les chaînes tombent
    Les chaînes qui nous liaient à la vie qui passe
    Et la pensés s'élève peu à peu de la mort
    Nous revivons, frères, nous revivons...”

    Jean FRANKO ( 1856 - 1916 )

    “Quand je serai mort, enterrez-moi
    Au milieu de la steppe
    de mon Ukraine bien—aimée....

    Couchez-moi et levez-vous!
    Brisez vos chaînes
    Et, du sang impur de l'ennemi
    Abreuvez la liberté!
    Puis, membres de la grande famille
    De la famille nouvelle et libre
    Ne m'oubliez pas et accordez-moi
    Une bonne et douce parole..."

    Kobzar Taras CHEVTCHENKO (1814-1861)

    FORCES FRANÇAISES DE L'INTÉRIEUR

    Sous-Région D. 2.
    Groupement frontière du Doubs
    DEUXIEME BATAILLON UKRAINIEN
    "En souvenir de BOULAVA, de son sourire, de son regard clair, de sa foi ardente et communicative"

    Colonel Victor PETIT.

    POST-FACE.
    Avant d1ouvrir le JOURNAL de MARCHE du 2ème Bataillon Ukrainien des F.F.I. du Groupement Frontière, il semble nécessaire de placer, en tête.

    DEUX LETTRES

    qui montrent dans quel carcan les actions de ces forces ont, progressivement, enserré un ennemi courageux et bien armé,
    les noms de C E U X qui,
    TUES ou BLESSES,
    se sont sacrifiés au cours de ces actions.


    LETTRES
    trouvées sur le Capitaine allemand
    Théo. FISCHBACH,
    tué le 31 Août 1944, au cours du Combat de GONSANS.

    Ce Capitaine faisait partie de la 30ème

    DIVISION INFANTERIE de S.S Cantonnée au Camp du VALDAHON.
    Officier de la S.D. ( Sicherheitspolizei ), il portait aussi l'ordre de repli de sa Division sur l'Alsace.

    VALDAHON
    O.N.D. 28-8-1944
    Ma femme bien—aimée,
    Aujourd'hui, encore un jour qui promst d'être fertile en événements pour nous. Je ne peux sortir d'une pénible impression intime qui me met en colère, pourrai-je- arriver à la fin ?
    Et ne puis-je rien faire pour cela, contre les événements ? Les journées sont toujours tendues chez nous et la situation ne s'éclaircit pas. Aussi je m'assieds à ma table, les choses étant ce qu'elles sont, mes pensées à toi, ma chérie.

    Aujourd'hui, j'ai moins de raison que jamais d'être comme cela, le premier courrier est arrivé depuis huit semaines, c'est une émotion malgré le sérieux de la situation, comme une petite fête, huit semaines, et le premier signe de vie de toi et tu me dis que tu vas bien.
    Les dangers aériens t'ont épargnée, grâce à Dieu. L'appartement ne l'a pas été, l'essentiel est que nous soyons conservés tous les deux. Le sort peut changer, tout peut se remplacer, sauf la vie des êtres chers, les âmes sont alors marquées de blessures incicatrisables.
    C'est donc encore une fois bien allé, le matériel temporel est sauvé. Les meubles de plus de valeur pourraient peut-être être placés dans un lieu plus sûr.
    Tes lettres du 5 et du ? qui m'arrivent aujourd'hui, malgré leur brièveté m'en disent long, et leur ton familier éveille au fond de moi-même d'heureux souvenirs qui, dans l'épreuve, me donne cependant de la joie et me font ressentir l'union de nos pensées, si consolante) sous les menaces actuelles.

    Merci au sort st à toi qui réaliseront les promesses d'autrefois.

    0, 2 heures, après minuit.

    Les yeux fatigués voudraient se fermer. Le service me prend tout mon temps mais tu es toujours dans mes pensées. Les moyens de vivre peuvent devenir restreints, il ee est question plus que jamais et personne ne le comprend et ne le sait mieux que toi.

    Aussi, le courage doit parler en dehors de tout et, loin de se glacer, les pensées aimantes doivent être une sauvegarde.

    De te dis bonne nuit et je t'embrasse dans mon amour.

    Ton fidèle Théo.

    (Cette lettre a été écrite le lendemain du passage du 2ème Bataillon ukrainien dans la Résistance française. On comprend le travail et les soucis causés à un officier de sécurité militaire ( S.D ) par ce départ mouvementé du Camp du Valdahon).

    LETTRE INACHEVEE...

    (au crayon)
    ( C'est sans doute, la plus sincère des CITATIONS à l'ordre de la Guerre de ila part d'un officier allemand, courageux mais désemparé, décernée aux BANDITS F.F.I. du DOUBS et aux INGRATS FUGITIFS UKRAINIENS).
    VALDAHON 30 / VIII / 1944


    Ma Magdeleine,
    Ceci devrait être ma lettre quotidienne, mais le
    travail m'a tellement absorbé que je n'ai pas eu le temps de fixer mes idées sur le papier, aussi je veux employer les premières heures de ce 30 pour t'écrire.
    Ma montre marque 0.3, 3 heures et bientôt grisaillera le matin.
    Nous devons être toujours sur nos gardes et la plus grande attention ne doit pas se relâcher.
    C'est difficile et surtout, menacé par la fatigue, on a à compter avec des yeux plus que rougis qui demandent à se fermer. De lutte contre le sommeil.
    En fait, depuis qu'il nous a été envoyé de nouveaux remèdes que l'on touche, on fait signe de temps en temps à un magnifique extra dry qui ressuscite les principes vitaux les plus engourdis. Ces nobles boissons manquent aussi peu en France que les bandits qui, journellement, se révèlent plus dangereux et malfaisants, et par leurs subtiles feintes sont un danger permanent pour nous.
    Ce que l'on expérimente et vit en ce moment est sans comparaison.
    On apprend à s1habituer à ne jamais plus croire à ces messieurs des peuplades étrangères, à flairer une piste, à dénouer une trame, à entraver les proches résultats.
    Ces ingrats fugitifs, il faut les envoyer dans d'autres régions où ils ne pourront plus lancer leurs coups, donc seront inoffensifs. sois tranquillisée, quoi qu'il arrive, nous voyons et agissons, et les coupables se précipitent vers un châtiment mérité...

    Note
    Le soir même, un sentiment de grande tristesse nous saisit à la pensée de ce jeune officier allemand, intelligent et sensible, tué quelques heures après avoir écrit ces lignes. Nous pensions tristement aussi à sa jeune femme qui allait subir les souffrances d'une longue attente vaine...

    Nous étions, nous aussi, dans la guerre et nous avions nos morts ainsi que la souffrance des nôtres.

    Sous le signe des armes de R U R I K
    “d'azur au tridant d'or”

    “En souvenir reconnaissant à Ceux qui sont morts, qui ont été blessés, qui ont courageusement combattu pour libérer les populations du Boubs”

    TUES A L'ENNEMI
    Au Combat de BELMONT et CHAUX les PASSAVANTS, le 5 septembre 1944.

    MAZENKO Semen
    PAVLIK Michel
    BODNAR Yvan
    HOSNIAK Petro
    PRITULA Petro
    SEDORENKO Nicolas

    Sergent-chef BEZ
    ( de Pierrefontaine-les-Varans )
    Monument élevé à l'endroit de sa mort.

    Au Combat de PONTARLIER, le 5 septembre 1944
    LUJINSKY Bronislav

    Prise de DAMBELIN - 8 septembre 1944
    Un tué
    Attaque de GDUX - 9 septembre 1944
    SCHUKEUITZ.

    Bombardement de la Ferme MAUCHAMP, nuit du 11 au 12 septembre 1944
    MATWIENKO
    Blegsé mortellement le 12 septembre 1944 dans les GRANDS BOIS
    (Nord de Pont de Roide) à l'est de la Ferme MAUCHAMP

    MOREL
    âgé de 16 ans, volontaire pour guider une patrouille d'Ukrainiens.

    Dans les GRANDS BOIS, vers la ferme MONTPOURON, le 12 septembre 1944

    Lieutenant interprète PAOLI
    ( F.F.I. polonais ).

    BLESSES A L'ENNEMI
    31 Août 1944 à GONSANS
    POGORITSKI

    5 septembre 1944 à, PONTARLIER
    MICHAILO Tokar
    LUKINIUK

    5 septembre 1944 à CHAUX-LES-PASSAVANTS
    KLEM Dimitri
    amputé de la cuisse.

    9 septembre 1944 à GOUX
    NIGNIK
    MATIS
    KOVALENKO

    Nuitdu 11 au 12 septembre - Ferme MAUCHAMP
    DOBRINETZ Paul
    Adjudant SLIJOUK

    12 septembre 1944 - Ferme MAUCHAMP
    MAGGI Pierre (du VALDAHON)

    12 septembre 1944 - Les GRANDS BOIS
    MICHALZUK
    Balle au pied en accompagnant -le lieutenant PAOLI dans sa recherche de liaison

    13 septembre 1944 - LES GRANDS BOIS
    TCHERNITZ
    KRATENKO
    BOGDANOV

    ORDRE DE BATAILLE
    a) Officiers ukrainiens
    Capitaine NEGREBETSKI Alex, né à IVACEUITSCHI (Biélorussie)
    Deuxième classe, porté à ce grade, par son âge et les jeunes officiers, le lendemain de la désertion du Camp du Valdahon.

    Lieutenant FEDOROV Luka, né le 18 - 10 - 1922 à TCHERNAUTI (Ukraine)

    Lieutenant KOSINTCHENKO Yvan

    Lieutenant MELESCHKO

    Lieutenant DUPIENKO Semen

    Lieutenant BILYK

    Lieutenant POLETCHUK

    Lieutenant SANDULA qui abandonnera les Ukrainiens et retournera au Camp du Valdahon, le premier jour du passage aux F.F.I.

    Lieutenant HAUJRYLISCHYN qui, après son action dans le camp du Valdahon, sera repris par les Allemands et aurait été fusillé par eux en Alsace, après le repli.

    b) Effectif et matériel du 2eme Bataillon ukrainien à la date du 27 Août 1944»
    8 officiers
    454 sous-officiers et hommes de troupe
    73 chevaux
    320 fusils
    8 mitrailleuses lourdes ( 24 cartouches )
    25 fusils mitrailleurs
    22 mitraillettes ( 1 000 cartouches )
    1 canon anti-char ( 70 obus )
    4 lance mine 81fàm (64 coups )
    7 lance mine 45 mm (75 coups)
    260 grenades à main
    58 revolvers
    7 100 cartouches russes
    15 050 cartouches allemandes
    et son D R A P E A U

    DOURNAL DE MARCHE

    a) Résumé succint.
    b) Journal détaillé.

    a) Résumé succint.

    15 Août 1944
    Le 2ème Bataillon ukrainien, venant de Russie, arrive en Alsace,

    20 Août
    II cantonne au Camp du Valdahon.

    23 Août</div>
    II prend liaison avec les F.F.I.
    Nuit du 26 au 27 AoQt
    Evasion du Camp.
    27 Août
    Contact avec les F.F.I.
    Cantonnement dans les Bois de PIERREFONTAINE - les - VARANS.

    29 Août
    Le chef de Bataillon Victor PETIT prend le commandement du Bataillon ukrainien.

    31 Août
    Investissement du Camp du Valdahon. Accrochage à GONSANS.

    1er septembre
    Cantonnement à PLAIMBOIS-VENNES

    4 septembre
    Prise de contact au Nord de NOZEROY avec une patrouille blindée de reconnaissance du ???? Spahis marocain puis avec le ???? Ré— •* giment de Tirailleurs algériens à NOZEROY.

    Embuscade sur un convoi ennemi à la Main St GORGON.

    5 septembre
    Après une approche de nuit, participation aux combats pour la libération de PONTARLIER, avec le 2ème Bataillon du 3ème Régiment de Tirailleurs algériens du Commandant VALENTIN.

    5 septembre
    Le même jour, une Compagnie du Bataillon ukrainien tend une embuscade à CHAUX les PASSAVANTS et tombe sur des PANZERS.

    6 septembre
    Enterrement des tués du Combat de CHAUX les PASSAVANTS au cimetière de VERCEL.

    7 septembre</div>
    Mise à la disposition du 4ème Régiment de Tirailleurs Tunisiens
    à SANCEY.
    Nuit à VALLONNE

    8 septembre
    Attaque de DAMBELIN par la traversée du LOFIONT

    9 septembre
    Attaque de GOUX et nettoyage du Bois FALLÛT

    10 septembre
    Occupation de la Ferme MAUCHAMP. Patrouille à la lisière des GRANDS BOIS.
    Nuit du 10 au 11 septembre
    Bombardement de la Ferme ??????? par les Allemands.

    12 septembre
    Ordre dfaller couper la route de PONT de ROIDE à VALENTIGNEY - . tandis que le 4ème R.T.T. attaque Pont de Roide par le Sud.
    Attaque des Ukrainiens en direction de la ferme MONTPOURON par les GRANDS BOIS.
    Encerclement par les Allemands, à la tombée de la nuit, dans les GRANDS BOIS.

    Echec de l'attaque du 4ème FUT.T.
    Bombardement de nos arrières et de la Ferme MAUCHAMP par les Allemands.

    13 septembre
    Au petit jour, décrochage des GRANDS BOIS.
    Retour dans les positions françaises à REMONDANS.

    14 septembre
    Regroupement à DAMBELIN.

    15 septembre
    Le Commandant PETIT est muté au 3ème Bureau de I'Etat-major de Besançon ( Colonel FOURNIER )o
    Le Bataillon ukrainien est en instance d'être dirigé sur MARSEILLE.

    b) JOURNAL DETAILLE

    AVANT-PROPOS

    Le 2ème Bataillon ukrainien, cantonné au Camp du Valdahon, provient de deux Bataillons ukrainiens No 115 et 118, formés au début mars 1942 à KIEV (Ukraine).
    Il est composé d'Ukrainiens qui devaient choisir entre le travail forcé en Allemagne ou bien s'engager dans ces formations. Il était composé aussi par des prisonniers de guerre russes n'ayant d'autre recours d'échapper à la faim voire à la mort.
    La majorité des Ukrainiens de ces Bataillons sont nés juste après la guerre de 1914-18, autour des années 1920. Ils sont, en 1940, des adolescents âgés de 16 à 20 ans.
    Leurs pères leur ont longuement parlé de ce qu'ils avaient fait et subi au cours de la 1ère guerre Ukraino-Russéi (décembre 1917-mars 1918). A la veillée, ils ont bercé leur enfance en évoquant leur immense joie lorsque, le 22 février 1918, leur pays devient " la République ukrainienne souveraine et indépendante " après l'occupation des Allemands et des Austro-hongrois.
    Ils leur ont appris à être fiers de leur blason aux armes de la maison de RURIK: d'azur au trident d'or.
    Ils leur ont chanté la vie glorieuse de Simon PETLURA, la révolte contre SKOROPADSKII qui voulait une fédération avec la Russie, et leur joie, le 16 octobre 1918, à la naissance du "Conseil national ukrainien".
    Il y a donc dans leur sang l'intime conviction que remarquait déjà VOLTAIRE "L'Ukraine a toujours aspiré à être libre".
    Malgré tout, les Ukrainiens restent fidèles à l'oeuvre immortelle de TARAS CHEVTCHENKO où se reflètent les aspirations et les rêves de l'Ukraine, ses souffrances et ses espoirs.
    .. La société scientifique Chevtchenko (1873) a poussé jusqu'à eux des forces intellectuelles typiquement ukrainiennes qu'alimentent toujours les membres vivants de la "Confrérie de Cyrille et Méthode" qui, leur dirent: "Connaissez la vérité et la vérité vous affranchira"
    - 21 -
    en leur prêchant "l'abolition du servage, le réveil du sentiment patriotique, l'égalité et la fraternité par l'instruction, le principe de la morale chrétienne".
    Tout ceci éclaire d'une lumière précise l'état d'esprit de cette génération de Jeunes ukrainiens en 1940 et leur dure fatalité géographique et historique.
    Les deux Bataillons 115 et 118 furent placés sous le commandement de l'Ordnungs polizei, le Général SCHEER qui sera, par la suite, muté à Paris.
    Pour éviter tout contact avec la population ukrainienne, le commandement allemand fait transporter, le 27 juillet 1942, le Bataillon 115 à SLONIN (Biélorussie ). Quelques mois plus tard, le bataillon 118 subit le même sort.
    En Biélorussie, ces deux bataillons sont placés sous le commandement direct du chef de l'Ordnunge polizei de MINSK et restent toujours indépendants de toute autre unité allemande sous les Nos 62 et 63.
    Après la sanglante défaite des Allemands à MINSK ( voir plus loin la lettre d'un officier allemand) les deux Bataillons sont reformés en juillet 44 en Pologne, près de Varsovie, en un seul bataillon rattaché à d'autres unités ukrainiennes et russes.

    Nota: Ces bataillons n'ont jamais fait partie de l'armée VLASSOV.

    19 Août
    Le Bataillon ukrainien arrive à Besançon.
    Après un repos de 4 heures, il fait route à pied vers le camp du l/aldahon où il arrive vers 22 heures*

    20 Août
    Installation au camp du ualdahon.
    "Notre premier contact avec les Français nous a permis de constater immédiatement que la population française déteste les Allemands, tandis qu'à notre égard, elle se montre cordiale et hospitalière, ce qui fait une bonne impression sur nos soldats. Nous savions aussi que la France est le pays de la liberté et cette liberté, bien que restreinte à cette époque, est visible et appréciée par nous. C'est pourquoi nous avons agi sans aucune hésitation quant à notre désertion, sachant bien que cette désertion paralyserait la Division et démoraliserait les Allemands"

    23 Août
    L'adjudant chef Anatol ZAKRUTCHENKI, envoyé par le lieutenant FEDOROV, prend la liaison avec les F.F.I. du Groupement frontière, sous région D. 2.
    Le soldat NASTENKO gagne le maquis et y reste.
    "Nicolas" un émigré russe en 1917, prend contact avec les ukrainiens et sera un des artisans de leur passage au maquis où il sert comme interprète.

    24 Août
    La lieutenant FEDOROV est convoqué à la Kommandantur par
    l'officier allemand du S.D.
    Il est questionné sur le moral et le comportement douteux des ukrainiens et, en particulier, sur ceux d'une unité ukrainienne en opération à UESOUL.

    26 Août
    Ayant constaté que les Allemands se doutent de quelque choss, . Fedorov en informe ls lieutenants MELECHK et BILYK. Il leur propose de participer cette nuit à la désertion sinon il l'accomplirait seul avec sa compagnie.
    "Les ordres, résultant d'un accord complet, sont donnés aux sous-officiers les plus sûrs et les plus courageux1'.

    Nuit du 26 au 27 Août
    "En fin de nuit, tous les obstacles sont dépassés".
    Sous la direction des lieutenants FEDOROV, MELECHK, BILYK et sous les ordres de l'adjudant chef RECHETOV, des adjudants SLIGOUK, PONOMARENKO, ZAKRUTCHENSKI, des sergeibts AURAM, BOJTCHUK, OLEKSIENKO, MARTCHENKO, KATRUDE, du Caporal-chef KLEM, des caporaux LUTINJUK, KRAUTCHENKO, TRATCHUK et d'autres gradés, après une courte réunion dans un bâtiment du Camp, commence l'action contre les Allemands.
    L'opération se déroule plus ou moins comme prévu.
    La section du sergent AURAM barre le passage aux Allemands entre le casernement des "internés" et l'allée conduisant à l'intérieur du Camp. Une autre section est chargée de maîtriser les sentinelles allemandes et de faire évader les prisonniers ukrainiens.
    La section VOICIUC doit désarmer les cadres allemands et, le cas échéant, de les supprimer.
    Le lieutenant FEDOROV, l'adjudant PONOMARENKO, les caporaux KRAliJTCHENKu, KL30UCHAN, le soldat R3ABY3 tirent sur les Allemands depuis le casernement.
    Les 37 hommes du sergent MARTCHENKO se portent offensivement à 150m des bâtiments, du côté ouest, pour empêcher toute infiltration vers les bâtiments ukrainiens.
    Le gros du bataillon part en direction du champ de tir. Chacun se presse. Les chevaux au galop tirent les charrettes de vivres et de munitions. Des soldats sont juchés sur les chariots et d'autres courent à côté.
    Alors le sergent WARTCHENKO rassemble ses hommes et suit avec eux la direction que prend la colonne lourde.
    Le regroupement s'opère dans les bois des EPOISSES, le Grand bois et VIARD.
    Notre but est de prendre le plus rapidement possible contact avec la résistance française: l'urgence de notre insurrection n'avait pas permis d'en prévenir les F.F.I. Nous essayons de reprendre ce contact à ADAM les VERCEL.
    "C'est la misère car nous ne connaissons pas la langue française. Nous avons beau frapper aux fenêtres mais les gens ont peur d'ouvrir les volets car nous sommes en uniforme allemand".
    Enfin, le F.F.I. AMIOT, venu passer la nuit chez ses parents, a la courage de sortir de chez lui et da nous parler.
    "Le soldat MAZOUK, qui a travaillé trois mois en France, lie conversation, mais très difficilement avec AMIOT. Il lui donne notre parole qu'il n'a rien à craindre de nous et qu'il nous conduise au chef F.F.I."
    AMIOT nous guide vers le carrefour de I? HOMME MORT, après avoir retrouvé les F.F.I. REDOUTET, PICARDI (qui porte son brassard F.F.I.), BOLE-RICHARD, CUCHE (maire d'AISSEY).
    Nous marchons sous leur direction et nous voyons en bas d'une côte, la ligne du chemin de fer et la route goudronnée. C'est là que les Allemands nous attendent, en formation déployée. Nous prenons position face à eux.
    "Nous n'eûmes pas à nous battre. Pourquoi ? Vraisemblablement parce que la plupart de ces hommes portant l'uniforme allemand sont des Alsaciens et surtout parce que le capitaine LIEBE qui les commande connaît notre nature, notre armement et notre détermination".
    Le capitaine LIEBE s'avance avec un mouchoir blanc. Monté sur un cheval à la robe très foncée, accompagné du soldat ordonnance DtdORAK, il arrive devant notre position et fait signe qu'il veut nous parler et crie: "Retournez au cantonnement".
    Le sergent KATROUK (actuellement au Canada) jette son képi allemand et répond: "Assez!" Assez de tout ce qu'ont fait les Allemands à notre Patrie et au peuple ukrainien. La fin des injustices et de nos peines est arrivée" et il ajuste le capitaine allemand pointant son arme vers lui.
    Les soldats ukrainiens et le sergent MARTCHENKO interviennent: "Non! il ne faut pas le tuer mais le laisser vivre afin qu'il nous connaisse en tant qu"Homme" et non pas comme "Untermensch". La guerre ne se termine pas là-dessus et peut-Stre que la grâce et la bonté l'habiteront et lui serviront pour les nôtres et les Français".
    Le Hauftmann fait faire demi-tour à son cheval et, peu rassuré sur son sort, retourne vers le groupe allemand qui se replie DUIORAK reste parmi nous. AMIOT nous conduit aux GRANGES d'EPENOY où nous trouvons d'autres F.F.I.
    Nous traversons PASSONFONTAINE, RANTECHAUX et VANCLANS pour arriver à la.ferme des BOUTS de NODS.
    Le Capitaine LECLERC (ingénieur DAVAL, officier de réserve d'aviation) vient nous voir et nous dit que nous allions gagner son maquis par des mauvaises routes et par les bois.
    Le maquis LECLERC était parfaitement organisé et dynamique. Le Comte de NOUSTIERS venu de BOURNEL à cheval avait pris liaison avec LECLERC et des relations avec les deux frères CHAFFANOON, de Besançon, étaient régulières.
    Nous nous dirigeons par AVOUDREY et la SONNETTE vers PIERREFONTAINE les VARANS.
    A l'arrivée à Pierrefontaine, les habitants font fête aux F.F.I., chantent la Marseillaise et des jeunes filles donnent des fleurs aux officiers ukrainiens, certaines nous embrassent. Nous conservons de cet accueil un souvenir ému.
    Sur son cheval, Michel TEMETCHKO (actuellement peintre artisan à Montbéliard), qui s'était égaré, nous rejoint.
    Seul, le lieutenant SANDULA, nous a quittés au cours de cette évasion et est retourné au Camp du Valdahon. Heureusement avant d'avoir su que nous allions à Pierrefontaine les Varans. (Rapport de son interrogatoire sera retrouvé le 30 Août dans les papiers du Capitaine S.O. FISCH-BACH, tué lors de l'embuscade de GONSANS).
    Après un peu de repos, nous gagnons la ferme de BEMONT, dans les bois de Pierrefontaine.
    "La ferme est un grand bâtiment avec une grange et une étable. Elle est entourée de sapins et de noisetiers. De là, on peut, grâce à son altitude, surveiller la plaine jusqu'à Valdahon. A l'orée du bois, nous plantons nos petites tentes. On installe la cuisine dans le bois et, dans la grange, le magasin. Nous touchons du pain rond et blanc avec un trou au milieu. On prépare de la purée de pommes de terre et nous recevons un morceau de gruyère1.1.
    On nous affecte un camion conduit par le F.F.I. "Bouboule" un Français qui approvisionnait le camp du Valdahon en boudin et saucisses. Il se conduisit bien des fois toujours courageusement par la suite au combat avec* nous.
    Par ailleurs, on peut se demander pourquoi les Allemands n'ont-ils pas, renseignés par le lieutenant SANDULA, cherché à poursuivre les Ukrainiens et les F.F.I. ?

    NOTA
    "La désertion du 2ème Bataillon ukrainien est un fait important pour les Ukrainiens et las Français.
    Le Bataillon est considéré par les Allemands comme une des meilleures unités combattantes de la Division. C'est pourquoi après la désertion le commandement allemand a ordonné le désarmement et l'internement des autres unités russes de la Division dans un camp".
    Un autre bataillon ukrainien fut le seul à éviter cet internement car il opérait dans les environs de VESOUL.
    Le 27 Août, après avoir fusillé ses officiers et sous-officiers allemands, il passa, emmené par le Capitaine PQLITCHOUK, aux F .F.I. du Commandant BERMONT, Groupement V de la Haute-Saône, au camp de MELIN ( N0. de VESOUL).
    (voir Annexe No 2)

    II est à signaler, d'autre part, "que dans l'affaire d'ORNANS, le lieutenant NARAEDKO, avec 10 soldats et gradés ukrainiens, appartenant au même régiment que le 2ème Bataillon ukrainien et qui était en liaison avec le lieutenant Fedorov, avait aussi l'intention de faire passer son unité à la Résistance française. Malheureusement, son projet échoua".
    (Voir plus loin, dans le récit de l'attaque de Pontarlier la suite du destin du lieutenant NARAEDKO).
    27 Août
    Messe au Poste de Commandement du Groupement Frontière, par un Père Blanc dans la forêt de DOUX.
    28 Août
    P.C. du Groupement Frontièrei inquiétude au sujet de l'affaire d'ORNANS et des otages pris par les Allemande. Après une discusàion très longue et orageuse, les dispositions sont prises pour les sauver.
    Un Capitaine allemand (aviation) commet l'erreur de laisser partir son convoi vers Pontarlier (Route Besançon-Pontarlier)alors que son conducteur démonte une roue dont le pneu est crevé.
    Quelques officiera F.F.I., alertés par un coup de téléphone, surgissent brusquement alors que cet officier lisait tranquillement un journal à l'intérieur de la voiture. Le manque de sang-froid d'un tout jeune officier F.F.I. (étudiant parisien) empêche de le faire prisonnier comme cela était convenu. Croyant avoir vu un geste de défense de la part de l'Allemand, il le blesse grièvement. Premier combat pour l'un, dernier combat pour l'autre.

    29 Août
    Le chef de Bataillon Victor PETIT, prend le commandement du 2ème Bataillon ukrainien (sur la demande du Capitaine Leclerc et sur celle du Lieutenant Colonel LAGARDE (Robert SARRAZAC).
    30 Août
    Une revue est improvisée au Camp du BEMONT. Le Capitaine NEGRE-BETZKI présente le Bataillon, aligné dans un ordre impeccable, tenue parfaite, nue tdte, et en équipement allemand, les armes automatiques disposées devant le front des troupes.
    Chaque officier présente son unité en indiquant à voix forte son effectif et le détail de son armement et des munitions.
    L'étendard Jaune, ukrainien, est à la place d'honneur.
    Spectacle émouvant car, en face de cette troupe imposante de discipline et de force, se trouvent les F.F.I. de Leclerc, dans des habits civile hétéroclites, fatigués, brassard tricolore au bras.
    Le Capitaine NEGREBETZKI et le lieutenant MALECHKO affirment que les Allemands seront vaincus par les Français et le Commandant Petit les assure de sa confiance totale et qu'il combattra avec eux jusqu'à la victoire.

    31 Août
    Affaire du lieutenant HAURYIIYSCHIN
    Le lieutenant Haunrylyschin demande à exécuter un coup de main sur le camp du Valdahon sous le prétexte qui semble douteux, de "récupérer" le docteur NERKOULuV, des dactylos et de tuer le traître SANDULA.
    Il est entendu que ce sera strictement un coup de main à effectif réduit, en civil, style partisan. Le Commandant PETIT prête sa salopette de char au lieutenant HAURYLYSCHIN.
    Le lieutenant ukrainien quitte le camp de Pierrefontaine vers 9h du matin, avec deux Ukrainiens: le sergent KATRUK Vladimir, le Caporal SPIl/AK Georg, tous deux aussi "civilisés", 5 F.F.I. les accompagnent.
    Par précaution, un petit groupe F.F.I. du groupe Leclerc lui est adjoint pour, stationnant proche de Valdahon, le protéger au retour de I? expédition.
    Le mouvement se fait en camion. Le groupe mobile de protection se fixe au sud de CHEVIGNEY.
    Le patrouille du lieutenant ukrainien entre dans le village du l/aldahon et se mêle à la population. Elle se renseigne sur l'activité du camp.
    Elle apprend que le camp est interdit aux travailleurs civils du Valdahon, et que les troupes allemandes sont prêtes à quitter le camp. Il semble qu'il y ait un mouvement anormal de départs et d'arrivées échelonnés des troupes.
    L'interdiction d'entrer des civils ne permet plus aux trois Ukfcai-niens d'entrer dans le camp sous l'allure de travailleurs.
    Le lieutenant ukrainien conduit sa patrouille au Café Terminus (Madame AVRIL, d'origine allemande ?) devant le camp.
    Pendant une heure environ, ce petit groupe, dont l'interprète F.F.I. RIQUET (Anobis) observe comment se font les entrées dans le camp: contrôle par la sentinelle pour tout civil. Le lieutenant ukrainien espère—t-il voir sortir une personne de sa connaissance ?
    Vers 11 heures, le lieutenant se décide à pénétrer seul dans le camp et dit à Riquet: " II faut que J'entre à tout prix pour voir ce qui se passe. Si a midi, je ne suis pas de retour, rentrez sans moi".
    Le lieutenant se dirige vers la sentinelle allemande, lui parle et celle-ci le laisse passer. On le voit se diriger vers la Komrnandantur.
    Des Français qui sa trouvent dans ces bureaux indiquèrent par la suite qu'ils l'avaient vu discuter avec des officiers allemands.
    Le reste de la patrouille, ne voyant pas revenir le lieutenant, prolonge néanmoins son attente pour quitter seulement le café vers 13 heures, car le sergent KATRUK est pris d'un doute sur les intentions du lieutenant,
    Retour à Pierrefontaine avec le groupe mobile de protection.
    On peut déduire cependant que le lieutenant Hauirylischin n'a pas donné ses compagnons ukrainiens et F.F.I. Il était certes facile de les cueillir au café Terminus pour les fusiller sans délai. Le mystère d'une certaine Providence circonstanciée reste entier.
    31 Août
    Attaque du Camp du Valdahon
    Les officiers ukrainiens, apprenant que le lieutenant Hauirylyschin n'est pas ressorti du camp, décident d'aller le délivrer.
    Cela pose une question d'honneur aux F.F.I. qui pensent cependant a la disproportion des forces et aux conséquences inopportunes, imprévisibles.
    Après une longue délibération, il est décidé qu'il n'y aurait qu'une attaque de va et vient pour sauver le lieutenant ukrainien, seul but de l'attaque, et, que de toute façon, le camp ne devrait être occupé m8me momentanément, chaque unité reprenant le maquis.
    Seul un médecin de Pierrefontaine, le docteur PRIEUR, venu au maquis pour soigner le lieutenant DUMENKO, très fiévreux, est au courant de l'affaire. Ce médecin nous est envoyé par l'inlassable et courageuse Mademoiselle DOTAL, Déléguée du secours national} elle circule facilement et assure nos liaisons.
    L'action doit avoir lieu en fin de la nuit prochaine, le mouvement d'encerclement au plus près du Camp du Valdahon commence vers 17 heures.
    La 1ère Compagnie part pour aller s'installer vers les Verrières du Gros Bois par l'itinéraire DRSANS, Côte Brune, GONSANS.
    La Compagnie d'engins doit aller s'installer au carrefour N-0 d'ETALANS pour couper la route de BESANCON.
    La 2ème Compagnie vers EPENOY.
    La 3ème Compagnie en réserve a la VILLEDIEU.
    Les F.F.I. de LBeiERC à Valdahon du Haut.
    Le F.F.I. CLAUDET part avec la 1ère Compagnie pour couper les fils téléphoniques vers EPENOISE, d'autres F.F.I. partent couper les liaisons vers Besançon.
    Vers 19 heures 30, le commandant PETIT circulant dans Valdahon reçoit le renseignement des portiers que les unités russes du camp ont été évacuées vers le Nord par les Allemands.
    Enfin, ?? renseignement d'un habitant du Valdahon précisa qu'il avait vu le civil en salopette ( Haiurylyschin ) parlant allemand à la Kommandantur dans la matinée et qu'il a vu ce civil emmené en voiture de tourisme dans laquelle il y avait aussi des Allemands en uniforme. Cette voiture est sortie du camp vers 18 heures.
    Le coup de main devenait donc sans objet»
    Le commandant PETIT convainc les officiers ukrainiens de cette réalité. Ceux-ci, non sans réticence, décident de donner contre-ordre pour la mise en place des unités. L'ordre de repli est lancé.
    Pour éviter toute erreur et tout acorochage inutile, le commandant PETIT et les officiers ukrainiens patrouillent en voiture légère (11 chevaux traction avant) sur les itinéraires autour du camp.
    La nuit est venus.
    Le calme règne dans Valdahon. Il nous est facile de circuler dans les rues vides. Même le camp semble vide.
    Un habitant nous signale que quelques camions allemands viennent de rentrer au camp. Un boucher, dans sa boutique, nous confirme le départ des unités russes.
    Le commandant PETIT se repose un moment à ETALANS chez un parent du F.F.I., BRACHOTTE, son conducteur. Vers l'aurore, il revient à l'entrée du camp, au Café Terminus. Une patrouille F.F.I. est lancée dans le camp qui semble peu occupé. Riquet (Anobis), 1'interprète, entrant dans le couloir d'un bâtiment se trouve brusquement face à un Allemand qu'il tue et blesse grièvement celui qui le suit avant de se replier hors du camp.
    Retour à Pierrefontaine les Varans.
    Accrochage dans la région de GONSANS
    Mais le contre—ordre n'a pu toucher à temps la Compagnie BYLYK -MALECKO. Celle-ci, vers 20 heures 30, venant de Cfite Brune, a rencontré brusquement au nord de GONSANS un convoi allemand circulant en sens contraire.
    Notre premier camion portant des Ukrainiens sur sa plate-forme est conduit par le F.Fol. CUCHE0 Les autres camions sont conduits par des F.F.Io auxquels se sont joints quelques camarades MAGGI, BOLE Richard. connaissent particulièrement bien la région0 (Les camions, dont un avec sa réclame de " la Vache qui rit " est déjà légendaire, prpviennent d'une société de transport de Pierrefontaine).
    Le croisement des deux convois s'opère, un side-car allemand a déjà dépasse l'avant de notre premier camion et la voiture légère qui le suit stoppe à hauteur de notre conducteur.
    Un officier allemand en descend et voyant les Ukrainiens crie: 11 Camarades, ne tirez pas!"
    L'adjudant-chef CHOULIK, un solide gaillard né le ? - 8 - 1910 à KIEV, en réponse, tire sans hésitation, avec les F.F.I, qu'il entraîne au combat.
    Le sergent Basil HASAN, un jeune né le 28 - 10- 1919 à LUBYCZA (Ukraine) fait tirer aussi toutes les armes du camion et ses hommes manoeuvrent habilement.
    La colonne entière est maintenant engagée dans un violent et bref combat victorieux.
    Résultat
    Furent tuésî
    le Hauptmann S.D. Théo FISCHBACH
    - un Hauptumcht meister der Schutz polizei
    - deux Felduiebel du Sichsrheitz dienst (S.D)
    - un obergefreiter 5.0.
    - les conducteurs allemands.
    Furent blessés:
    - un conducteur allemand, blessé grièvement et ramassé par nos soins.
    - Nous n'avions qu'un blessé grave VOGORITZKI, transporté en Suisse par Mademoiselle DOTAL.
    - Deux allemands des voitures arrières s'échappent par les bois.
    Par prudence, en prévision d'une représaille allemande, la population de GQNSANS quitte en majeure partie le village. Habilement et courageusement, le maire prévient la Kommandantur de Besançon de l'attaque des "bandits maquisards" hors de son village.
    Il fera, par la suite, en accord aveo les autorités allemandes, enterrer les Allemands tués dans le cimetière de GONSANS ( Ces corps seront récupérés par la Croix-Rouge allemande en 1945).
    Pour rassurer la population, le Capitaine LECLERC vient installer des F.F.I. en protection dans les environs du village.
    - 32 -
    Prise»
    - 1 Side-car
    - 2 voitures légères TATRA, en état de marche
    - 5 mitraillettes russes
    - 1 mitraillette allemande
    - 6 revolvers
    - 1 pistolet à fusées, quelques fusées
    - 1 paire de jumelles
    Des documents très intéressants sont trouvés sur le Capitaine FISCHBACH. En particulier, l'ordre de marche du 30èma Itlaffen Grenadier, Division des S.S. (Russes No 2) Régiment 2 G.E.F., STD du 31 Août. (Transmis par nos soins immédiatement à la Première Armée française, vers Lons le Saunier).
    Le Capitaine Fischbach portait aussi sur lui le rapport du lieutenant SANDULA sur l'évasion du Camp du 2ème Bataillon ukrainien dans lequel il signalait la présence parmi les évadés du "meilleur homme dans la place, le lieutenant Hau#lyschin"o
    Un mystère entier entoure l'action et le sort du lieutenant Haurylyschin.
    Il a été trouvé, en plus, sur le Capitaine Fischbach, une curieuse lettre où il est question du 20 juillet 1944, date de l'attentat contre Hittlere

    Lettre d'un camarade du Capitaine Théo FISCHBACH
    Dantzig - Landfuhr 28 juillet 1944


    Cher. Théo,
    Cordial merci pour ta lettre du 16 juin à laquelle Je peux enfin répondreo D'espère que celle—ci t'atteindra encore à ton ancienne adresse.
    D'espère surtout que toi et ta troupe auront réussi à échapper à l'assaut bolcheviste.
    Nommé à l'Armée de l'Ouest, j'ai souvent pensé à toi.
    Le grand désir de ta dernière lettre a été plus vite atteint que tu ne le pensais, tu es un soldat heureux.
    Depuis MINSK, G.R, m'a écrit seulement une fois à Vienne,
    S.C a été une première information après la subite fuite de MINSK
    De ne sais rien au sujet de E.L. J'ai fait avec lui la ???? expérience que celle dont tu me parles. Il ne me donne absolument pas signe de vie. D'en conclus que la camaraderie dans l'armée n'était plus aussi grande qu'elle semblait l'être autrefois.
    D'ici, j'ai à te dire que je suis nommé Officier spécialisé. Le stage dure 7 semaines avant que je sois envoyé au front.
    Notre espoir du 20 juillet d'arriver à notre but ne s'est malheureusement pas réalisé.
    Nous aurons contraint quelques uns de ces réactionnaires à changer de cantonnement.
    Au reste, j'aurais été doublement heureux d'appartenir à une troupe politique dont la ligne de conduite était claire depuis le début.
    O'espère avoir bientôt de tes nouvelles. Dis-moi surtout ce qui a rapport à la retraite de MINSK.
    Très cordiales salutations et Heil Hittler!
    Karl.


    1er Septembre
    L'engagement entier des Ukrainiens contre les Allemands à Gonaans a été déterminant pour les F.F.I. qui savent ainsi qu'ils peuvent leur faire confiance et compter sur eux»
    II est impensable que les Allemands, ayant tant de renseignements sur la situation du 2ème Bataillon ukrainien, ne cherchent pas à venger leurs pertes et la désertion, aussi il est indispensable pour nous de disparaître dans la nature.
    Aussi le Bataillon va s'installer en solide point d'appui à PLAIMBOIS-VENNES.
    Le maire et ses adjoints, malgré leur inquiétude justifiée car la population avait déjà couru de grands risques quelque temps auparavant à la suite de la blessure d'un Allemand sur son territoire. Convocation des maires au camp du Valdahon, emprisonnement dans ce camp d'habitants du village dont le fromager.
    Le poste de commandement est installé avec le service de ravitaillement à l'école. Ce service, sous l'autorité et la haute compétence de Monsieur BESANCENOT ( huissier ), fonctionne parfaitement. La municipalité organise parfaitement notre subsistance en répartissent les charges dans la population. Le fromager et un meunier des environs y contribuent beaucoup.
    L'institutrice, Melle MIDOL est très précieuse par son activité de renseignements et de liaisons, avec quelques jeunes filles du village.
    Nous contrôlons la vallée du DESSOUBRE, le Haut plateau et surtout la route Morteau, Maiche, Belfort, en liaison avec le Capitaine CHEl/RIER (Ligier) dans la région de RUSSEY.
    C'est vers cette époque que nous sommes allés sabler le Champagne à la mairie de MORTEAU, libéré prématurément.
    La salle de la mairie est remplie à craquer d'une foule enthousiaste et où un Anglais (ou présumé tel) fit un curieux discours. La question de l'internement des prisonniers allemands en Suisse posa la question de leur armement que nous voulions garder.
    4 Septembre
    Au matin, en fonction de l'avance d'unités de la Première Armée de Lattre de Tassigny, signalée vers MOREZ-St CLAUDE, nous recevons l'ordre de nous porter avec une compagnie vers le sud pour participer avec d'autres unités F.F.I. déjà en place à l'attaque de MOUTHE afin de libérer la route WOREZ-PONTARLIER.
    Le reste du Bataillon demeura à Plaimbois.
    Le Commandant PETIT et la compagnie FEDOROV, avec ses brassards tricolores barrés de jaune afin d'éviter toute méprise, foncent en camions vers le Sud, en évitant Pontarlier encore occupé.
    A un carrefour, au Nord de NOZEROY, alors que le Commandant Petit consulte l'itinéraire sur la carte, le lieutenant Fedorov l'oblige brutalement à se mettre à l'abri de son auto et lui montre des véhicules blindés arrêtés, armes pointées sur nous.
    "Allemands ?"
    - Non, ce sont des spahis d'un escadron de reconnaissance du 3ème Régiment de Spahis. Emotion poignante de cette rencontre soudaine mais attendue depuis si longtemps. Echange de renseignements à utiliser par l'escadron de reconnaissance sur notre secteur et en particulier sur la région du camp du Valdahon, ce qui lui permettra de manoeuvrer plus rapidement, en sécurité.
    A NOZERQY, le 3ème Régiment de tirailleurs algériens, en avance sur sa progression, est en grand'halte et finit de casser la croûte.
    Nos drapeaux tricolores en t8te de nos camions font éviter qu'on nous tire dessus et le Colonel de LINARES nous invite à la popote du Régiment où le repas se termine.
    Nous sablons le Champagne pour fêter cette jonction tandis que les Ukrainiens partagent le repas avec les tirailleurs.
    Il est environ 14 heures. Nous nous mettons à la disposition du Colonel Commandant du 3ème R.T.A. car nous apprenons que le combat de Mouthe, qui fut assez sanglant, est commencé.
    Le Commandement français prépare l'attaque de Pontarlier, pour le lendemain.
    Le Colonel de LINARES nous demande d'envoyer immédiatement un élément de protection ukrainien au carrefour de la MAIN St GDRGON et de nous apprêter à participer à l'attaque de Pontarlier en nous incorporant au bataillon du Commandant UALENTIN (lequel sera tué plus tard).
    Le Commandant VALENTIN et le Commandant PETIT, étant tous deux anciens élèves des Ecoles militaires préparatoires (S.E.T.) l'entente est parfaits, cordiale.
    Le sergent KRAWTCHENKO et une douzaine d'hommes de la Compagnie Fedorov arrivent au carrefour de la Main-St-Gorgon vers 19 heures pour interdire tout mouvement ennemi par la routa Besançon—Pontarlier»

    Dana la soirée, deux voitures légères allemandes et deux camions débouchent de la direction de Besançon. KRAUTCHENKO ouvre le feu et les stoppe. Le restant de la colonne allemande rejoint les premières voitu-???. Tous les occupants sautent à terre et ouvrent le feu.
    Le combat est disproportionné.
    Mais arrivent, par l'arrière des Allemands, des blindés de reconnaissance français accourant au bruit de la fusillade. La colonne allemande cernée, est détruite (12 prisonniers de la Idehrmacht).
    Nuit du 4 au 5 Septembre
    Le Commandant Valentin charge le Commandant Petit, avec la Compagnie Fedorov de couvrir le déplacement de son bataillon jusqu'au village de DOUBS où il doit s'installer dans le plan d'investissement de Pontar-lier.
    Nous gagnons CHAFFOIS, puis HOUTAUD.
    La nuit est venue.
    Le Commandant Petit demande à un jeune prêtre, auquel il remet sa carabine américaine, de guider la progression.
    En colonne, par un, dans un silence impressionnant, la Compagnie ukrainienne coupe à travers champs, en longeant la lisière ouest de Pontarlier, vere Doubs.
    Pontarlier semble endormie sous la nuit claire et doues. La Compagnie ukrainienne atteint Doubs sans incident et s'installe en protection au carrefour du Réservoir Bois de la Côte.
    Le 2eme Bataillon du 3ème R.T.A. arrive et prend position à Doubs. A l'école communale, les Commandants Petit et Valentin coordonnent leur attaque du lendemain.
    La Compagnie SAINT-SAUVEUR du 2/3ème R.T.A. vient à l'ouest de la route d'ARCON et la Compagnie Fedorov se place à l'est de cette route dans la montée du bois de la C6te.

    5 Septembre
    Vers 1 heure 30, une patrouille allemande de quatre hommes et un chien se présente, venant de Pontarlier, au point de liaison de la Compagnie Fedorov et de la Compagnie Saint—Sauveur.
    En bavardant, comme s'ils se promenaient, les Allemands passent à un mètre du F.F.I. DUFFIEUX (fils du Général Duffieux, en retraite à NANCRAY). Celui-ci est guetteur de liaison avec les tirailleurs. Avec sang-froid (il a 18 ans) il ne bouge pas, tapi dans le fossé do la route. Le sergent de tirailleurs de l'autre côte fait de même. La patrouille repart vers Pontarlier.
    Au petit jour, le Commandant Valentin pousse les Ukrainiens vers les hauts, au nord-est de Pontarlier et fait passer de l'autre côté de la route d'Arçon une compagnie de tirailleurs.
    Le gros du 3ème R.T.A. est arrivé au sud de Pontarlier. Les F.F.I. de LAGARDE (Robert) arrivent aussi par la route d'OYE et PALLET.
    L'attaque se déclenche au début de la matinée.
    Protégé à l'est par les Ukrainiens, le Commandant Valentin attaque par la cité MARRON et le nord de Pontarlier. Il donne l'ordre à une de ses compagnies de prendre pied dans Pontarlier vers un gros transformateur d'électricité. La Compagnie Fedorov laisse à la crête une base de feux et descend aussi sur la lisière est de Pontarlier. Elle rejoint la compagnie de tirailleurs.
    Un tirailleur est blessé dans ce mouvement. Des prisonniers allemands sont faits. Installation autour du transformateur.
    Les tirailleurs et les Ukrainiens progressent dans les rues et s'installent ensuite autour d'un pont sur le Doubs, pour tenir quatre rues concourantes. La fusillade et les coups de canons blindés s'étendent sur la ville.
    Les Commandants Valentin et Petit montent au dernier étage d'une haute maison nouvelle. Un jeune ménage les accueille et tandis qu'ils regardent par la fenêtre, ce jeune couple partage avec eux leur déjeuner matinal (gruyère, pain, café). De la fenêtre, on distingue la progression des tirailleurs vers les casernes qui résistent sérieusement.
    Le Commandant Valentin décide de traverser le Doubs et de nettoyer le quartier de l'autre côté puis de se lancer vers les casernes.
    Hais, tout à coup, la base de feux des Ukrainiens sur les coteaux lance deux fusées. Ils nous alertent et tirent sur des infiltrations allemandes cherchant à fuir par les bois.
    Des.éléments allemands passent en effet vers le transformateur que nous avions quitté pour progresser. La Compagnie Fedorov y retourne rapidement. Trop tard, malheureusement pour empêcher les Allemands de tuer au passage un habitant sur la pas de sa porte et d'en blesser un autre.
    Dans les jardins de Pontarlier, devant nous, un groupe important d'Allemands s'avance. Aux sommations, ils s'arrêtent. L'un d'eux fait un geste menaçant, il est tué d'une balle dans la tête. Les autres se rendent ( une trentaine ),
    Dais il faut aider la base de feux de la crête. Le mouvement des Ukrainiens s'exécute bien» Les Allemands qui l'attaquaient sont obligés de se replier vers une carrière dans le bois où ils essaient de se regrouper après avoir eu quelques tués et blessés* Nous faisons des prisonniers. Les Allemands se défendent au mortier léger et à la grenade. Le soldat LUKINIUK est blessé par un éclat.
    Nous réduisons cette résistance.
    Un peu plus tard, nous capturons 15 douaniers allemands apeurés dont la plupart portent des valises. Ils nous donnent du tabac et des montres suisses.
    Cette affaire réglée, nous participons au nettoyage de la ville en nous dirigeant vers les casernes. Le F.F.I. BLONDEAU débusque un officier allemand caché dans une cave.
    Nous participons à l'attaque des casernes dans lesquelles nous entrons. Le soldat LUJINSKI est tué, Michallo TOKAR est blessé sérieusement à la cuisse. Le combat se termine au milieu de la Journée.
    Au cours des combats, nous eûmes un Ukrainien blessé et disparu par la suite. Pour le retrouver, le Commandant Petit et le lieutenant Fedo-rov visitent l'hôpital submergé par les blessés français et allemands. En circulant dans la ville, nous apercevons des Allemands, bras levés, face à un grand mur, surveillés par de nombreux F.F.I. armes braquées dans le dos des prisonniers, devant une foule de curieux.
    Nous quittons ce spectacle insolite pour nous rendre dans une grande prairie où sont assis une masse surprenante de prisonniers, incom-préhensifs et résignés.
    Nous ne retrouvons pas notre Ukrainien.
    ' Nous nous approvisionnons en vivres, munitions et vêtements dans la caserne libérée.
    Mission terminée avec le 3ème Régiment de tirailleurs algériens, nous quittons Pontarlier, emmenant sur un de nos camions, le corps de LUJINSKI.

    Note
    Revenons sur un fait particulier qui complétera ce qui est dit plus haut sur l'affaire d'ORNANS et qui montre bien la mystérieuse fatalité des destinées humaines au cours des guerres.
    Le lieutenant ukrainien NARAEDKO, qui avait échoué dans ses projets d'évasion dans la région d'ORNANS, avait repris contact avec les F.F.I. Un officier F.F.I. l'envoya à Pontarlier, quelques jours avant le 5 septembre, pour entrer en contact avec les Cosaques enrôlés par les Allemands. Sa mission était de les faire passer au maquis.
    Ayant rendez-vous avec un sous-officier cosaque, il est trahi par ce dernier et arrêté par les Allemands. Il devait être pendu le ? septembre, le lendemain de notre attaque-surprise.
    Libéré par les tirailleurs et les F.F.I. le 5 septembre, il eut la chance de retrouver le lieutenant Fedorov qui le connaissait bien.
    A Marseille, où le Bataillon ukrainien fut dirigé après le 15 septembre pour être remis aux autorités soviétiques, il habita dans la même chambre que le lieutenant Fedorov.
    Conscient de la situation menaçante pour les Ukrainiens, Fedorov organise la dispersion de ceux-ci en France ou par engagement dans la Légion étrangère.
    "Les soviétiques, suspectant les deux officiers, décident de les faire assassiner dans leur chambre". Fedorov, prévenu par des Russes, prend le parti de remonter clandestinement vers Paris et accompagne le lieutenant NARAEDKO à la Légion étrangère où les Ukrainiens s'engagent en majorité.
    En Afrique du Nord, NARAEDKO fut demandé en tant qu'officier pouvant donner des renseignements intéressants, par des commissaires politiques soviétiques. Sachant le sort réservé aux suspects interrogés, NARAEDKO s'enfuit au Maroc espagnol et il serait actuellement au Brésil.

    5 septembre
    Dans la soirée, retour de la Compagnie Fedorov à Plaimbois-Vennes.
    Les habitants organisent, dans le bâtiment de la pompe à incendie, un reposoir fleuri où repose le corps de LUJINSKI.
    A notre retour, noua apprenons que le restant du Bataillon ukrainien a été sérieusement accroché au nord du camp du Valdahon.

    5 septembre

    COMBST de CHAUX-les-PASSAVANTS-BELMONT

    Le Capitaine GRIMBERT, adjoint au Commandant Petit, était parti le 4 septembre de NOZEROY avec l'ordre de porter le restant du bataillon ukrainien au Nord du Camp du Valdahon.
    Le 5 septembre, avec le Capitaine NEGREBETZKI et les Ukrainiens, il se porte, en camions, vers Chaux-les-Paaaavants-Belmont.
    Les renseignements indiquent que des détachements allemands circulent dans la région da NANCRAY mais il paraît aussi que des unités françaises ont été acclamées par les populations de certains villages.
    La situation paraît confuse» Cependant Besançon n'est pas libérée (elle le sera le 8).
    En fin d'après-midi, vers 15 heures, une fusillade éclate vers Chaux-les-Passavants où se trouve la Compagnie POLITCHUK.
    La section de l'adjudant Yvan UJOITSCHUK et celle du chef de section AURAM résistent courageusement permettant aux Ukrainiens de se replier sur BELMONT.
    Une reconnaissance est poussée vers Belmont. Elle rencontre trois chars dont le premier porte un drapeau français.
    (Démunies d'armes anti-chars, les unités ukrainiennes ne peuvent que s'installer dans les bois de la région de Belmont).
    Le sergent Plartchenko s'avance et le sergent-chef BEZ qui portait un drapeau tricolore essaie, à ses c8tés, de se faire reconnaître par les occupants des chars.
    Un char s'arrête. Un Allemand en sort et crie:" Ich bin Deutsch"! et fait feu avec sa mitraillette.
    Le sergent-chef BEZ reçoit, à bout portant, plusieurs rafales dans le corps et dans la tête, il tombe mort. Une âpre bataille s'engage.
    La patrouille peut se réfugier dans une ferme isolée (en bordure d'un champ de laquelle sera érigé un monument à la mémoire du sergent-chef BEZ)e Le propriétaire de la ferma donne du cidre aux Ukrainiens.
    Profitant de la nuit, les unités ukrainiennes se replient dans les bois» Puis, après de grandes difficultés, elles traversent les bois de Vercel et rejoignent Plaimboia-Vennes.

    Ont été tués
    MAZENKO, PAVLIK, BODNAR, SEDORENKO, HOSNIAK, PRITULA, Sergent-chef BEZ. .

    6 septembre
    Enterrement de nos morts à Vercel et de BEZ à Pierrefon-tains en présence des représentants américains et de la 1ère Armée française.
    7 septembre
    La résistance allemande se durcit devant la trouée de Belfort. (Renforcement par le reste de la 159eme Division blindée venant de Clermont—Ferrand et qui stoppe devant Belfort où elle se battra et plus tard à Mulhouse, par la 338ème Division blindée venant de Montpellier, reformée à Belfort, pour être décimée ensuite à Strasbourg) .
    Les troupes de la 1ère Armée française sont à bout de souffle (pénurie d'essence qu'il faut aller chercher à Marseille).
    Aussi, après un coup dur subit par un bataillon du 3ème Régiment de tirailleurs algériens vers la frontière suisse, il est fait appel au 2eme bataillon ukrainien pour s'intégrer dans un front élargi ( de Lattre n'ayant de cesse d'écarter vers l'ouest les Américains) et plus solide en s'appuyant sur la Suisse.
    Le Bataillon se porte à SANCEY où le Colonel GUILLEBAUD, commandant le 4ème Régiment de tirailleurs tunisiens, lui donne l'ordre de se mettre en ligne à VALLONNE, entre deux Bataillons de Tirailleurs. Le Bataillon arrive à Vallonné à la nuito
    Dans la nuit , arrivée inopinée du Général DUVAL, très impatient de reprendre le mouvement en avanto II donne l'ordre au Bataillon ukrainien de traverser au plus tôt le LOMONT et d'occuper PAMBELIN, "II promet six citations!!".

    En prévision de ce mouvement, uns Compagnie ukrainienne est dirigée, conduite par des habitants de Vallonné vers la crSte du LOMONT. Elle l'atteint après Iheure 30 de marche dans la nuit et s'y place en attendant la levée du jour.

    8 Septembre
    Vers 4 heures du matin, cette compagnie démarre et atteint la lisière nord du bois face à Dambelin. Elle aperçoit quelques soldats allemands qui traversent une clairière, en direction du village.
    Le dispositif est resserré et nous repartons en direction de Dambelin. Après observation du village où l'on aperçoit dans les abords nord des traces encore fraîches de véhicules blindés chevillés, nous installons une base de feux et le lieutenant Fedorov part en patrouille dans le village.
    La patrouille ne signalant rien de suspect, le bataillon descend la pente et occupe Dambelin.
    Deux habitants de Vallonné, Maurice F1AIGNIER et Roger COURGEY, ont été volontaires pour prêter leurs chevaux pour tracter nos canons d'infanterie jusqu'à Dambelin.
    Une Compagnie est poussée tout de suite en protection, par la route de GOUX sur les hauteurs qui dominent Dambelin au nord, à hauteur des bois Fallût.
    Le Commandant Petit se trouve non loin de l'église avec le curé J. NOIR, quand l'ennemi déclenche un tir d'artillerie sur le village.
    Un Ukrainien est tué à côté d'eux, dans un jardin.
    Le poste de commandement s'installe à la poste et les habitants, tout à la joie de la libération, nous disent que, toute la nuit, les Allemands ont patrouillé dans le Lomont et ont sillonné les routes pour se rassembler. Ils viennent de partir en direction de Goux juste avant notre arrivée. Un déjeuner bien venu est offert aux officiers par le café-restaurant du centre du village.
    Nous trouvons des approvisionnements de viande fraîche et en pain des Allemands, ainsi que, à la poste, des lettres des Alsaciens incorporés par ceux-ci.
    De jeunes garçons de Dambelin, Dean Guénot et André Hsnzelin, partent, par le Lomont, sur Vallonné pour porter les renseignements de notre avance au poste de commandement du Colonel Guillebaud. Un de ces garçons en profitera pour s'engager dans une formation de la Première Armée.
    Nous apprenons que les unités du 4ème Régiment de tirailleurs tunisiens, à notre gauche n'ont pu déboucher du Col des Ferrières. Il en est de même des unités de tirailleurs à notre droite au sud de Rémondans.
    Goux est tenu solidement par les Allemands (dont une forte proportion de tout jeunes engagée de la Kriegsmarine qui se battront avec un grand et juvénil courage, sans tenir compte de leur situation).
    Les Allemands ont fait des abatis pour ralentir l'avance de nos blindés.
    Nous sommes donc en enfants perdus, seuls à avoir coupé la route Clerval-Bont de Roide,
    Pour plus de sûreté et pour rassurer les habitants de Dambelin, qui, pendant quelques jours craindront le retour des Allemands, le bataillon se porte en entier dans le bois Fallot, face à Goux. Il passera la nuit en lisière du bois.

    9 Septembre
    Au matin, les unités du 4ème R.T.T. forcent le passage du Col des Ferrières et une reconnaissance blindée nous rejoint devant Goux. Le chef de reconnaissance, n'ayant pas de fantassins d'appui, nous demande de faire monter des Ukrainiens sur les plages des chars. Le reste du Bataillon servira de base de feux pour l'attaque de Goux.
    Prise de Goux, malgré une résistance acharnée des jeunes Allemands. Les prisonniers allemands furent remis au 4ème R.T.T..

    Blessés sur les chars: KOVALENKO, MATIS, NIGNIK
    Tués sur un chari SCHUKEWITZ
    L'interprète F.F.I, RIQUET fut volontaire pour accompagner les Ukrainiens.
    Une Compagnie du 4è R.T.T. arrive de HYEFIONDANS et nettoie Goux. Ordre est donné au Bataillon ukrainien de nettoyer le bois Fallot et de roquer vers l'est en suivant la lisière nord. Nous attendons un peloton de reconnaissance qui doit appuyer ce mouvement. Il arrive peu avant la nuit, à bout d'essence.
    Nous tombons sur des blindés allemands que les blindés français dispersent avant d'aller se remettre en position autour de Goux.

    10 Septembre
    Ordre de nettoyer le bois Fallot et d'aller nous installer à la ferme Mauchampe (ouest da Pont de Roide).
    Installation à la ferme Mauchamps.
    Pour nous couvrir à l'est, en connaissant les intentions du Colonel Guillebaud (liaison du Lt Colonel Bonnaud) une patrouille légère d'Ukrainiens, guidé par un jeune garçon de 16 ans, MOREL, qui ae trouvait à la ferme, est lancée sur un sentier forestier conduisant par les Grands Bois à la ferme Montpouron.
    A peine entrée dans la lisière du bois, la patrouille conduite par le sergent TCHERNICK (actuellement au Canada) est attaquée par les Allemands, Le guide Morel est mortellement blessé au cou et la patrouille se replie»
    Une jeep transporte Morel au poste de secours du Bataillon Fournoux du 4ème R.T.T. à Rémondans.
    Pour préciser la situation et l'importance des forces allemandes, le lieutenant Fedorov lance de nouveau un peloton de sa compagnie. Conduit par le sergent MARTCHENKO la même prospection est reprise. Le peloton remarque un arbre abattu et couché en travers du chemin forestier, mais des mines ne furent pas remarquées* En s'avançant plus profondément que la première patrouille, 700 mètres environ à l'intérieur du bois, la patrouille entend des bruits de pas de plusieurs hommes (des poseurs de mines, comme on le découvrira par la suite). Le sergent Martchenko et ses hommes s*embusquent et observent. Martchenko crie:"Restez où vous êtes!" Une galopade s'ensuivit. La patrouille tire aussitôt mais un tir ennemi venant de plusieurs côtés riposte. Force est de se retirer en sachant que l'ennemi est en force. Le bataillon s'organise en Point d'appui à la ferme Mauchamps.

    Nota
    Ici se place un fait curieux et inexplicable à la fois. Un officier de liaison français accompagnant deux commissaires politiques -soviétiques, nous rend visite à la ferme Mauchamps. Ces deux hommes demandent à parler aux officiers ukrainiens. Il est difficile de savoir ce qu'ils dirent aux officiers ukrainiens. Après leur départ, voyant les Ukrainiens très inquiets, le Commandant Petit s'enquiert de cette conversation et reçoit la réponse "que les Ukrainiens seront récupérés après les opérations pour reprendre leur place normale dans l'armée soviétique" Solution que les officiers ukrainiens traduisent par:

    la déportation ou une balle dans la nuque, dès l'arrivée sur le sol natal".
    Ces commissaires ont vraisemblablement été à l'origine de l'incompréhension du commandement français envers nos Ukrainiens. Leur influence empêcha l'état-major français de prendre des mesures de sauvegarde envers ceux-ci alors qu'ils méritaient grandement notre reconnaissance.
    Hais le combat s'imposait.
    Dugeant le carrefour des chemins de la ferme Mauchamp trop dangereux et repéré par les Allemands, une garde est laissée seulement aux armes automatiques et le gros du bataillon bivouaque à l'intérieur du bois environnant, mesure heureuse car, au cours de la nuit, la ferme Mauchamp est bombardée.
    Dans la nuit, les cris des blessés s'amplifiaient, provenant des postes de combat. Le F.F.I. NAGGI part chercher une ambulance au poste de secours de Remondans. Il fera plusieurs voyages d'évacuation.
    Parmi les blessés, il y a l'Adjudant SLIZJOUK, BILAK, DOBRINETZ. Un tué: I4ATLJIENKO.
    Le lendemain, Pierre Maggi sera gravement blessé par un tir d'artillerie ennemie, tandis que d'autres Ukrainiens seront encore blessés ou tués à la Ferme.

    Attaque de Pont de Roi

    L'attaque principale du 4e R.T.T. part du sud de Pont de Roide tandis que le bataillon ukrainien avec une compagnie de tirailleurs tunisiens reçoit l'ordre d'aller couper la route de Pont de Roi-de-Montbéliard, vers les Forges.
    Il est convenu que la Compagnie de Tirailleurs (Capitaine Auge) ira s'installer en bouchon au carrefour de la ferme Piontpouron pour' empêcher toute remontée allemande venant de Vermondans ou renforçant Pont de Roide. S'appuyant sur cette position, le bataillon ukrainien ira couper la route de Montbéliard en progressant par les Grands Bois.
    La Compagnie Auge part en tête avec ses canons d'infanterie et une jeep radio ?
    Mais dans la nuit, les Allemands ont posé des mines à 50 m de l'orée des Grands Bois. Les tirailleurs de la Compagnie Auge passent sans s'en apercevoir mais sur le chemin forestier le véhicule du premier canon, saute sur plusieurs mines reliées entre elles. Le tirailleur qui guidait le canon est tué et un sergent chef français est grièvement blessé aux jambes. Devant ce champ do mines, l'autre canon et la jeep radio ne peuvent suivre. Gros handicap au départ, dans ce terrain boisé. La mission étant impérative, le mouvement continue néanmoins. Les cartouches de carabines allemandes qui jonchent le sol indiquent que les Allemands nombreux accueillirent hier nos patrouilles.
    La Compagnie Auge, le groupe de commandement du bataillon ukrainien/la compagnie Fedorov, traversent dans le plus grand silence de cette belle matinée, une immense coupe de bois. Aucune inquiétude particulière car on peut voir loin sur les côtés de la progression dans cette grande clairière parsemée de stères de bois.
    Ce groupement vient d'arriver de nouveau au milieu du bois touffu lorsque l'ennemi prononce brusquement une attaque en tenaille derrière lui.
    Le groupe stoppe pour répondre à une attaque directe éventuelle. Les autres unités ukrainiennes de l'arrière, arrêtées par le feu de l'ennemi, provenant d'engins blindés allemands embusqués, sont dans l'ignorance de es qui se passe en avant et ne peuvent plus progresser.
    Cette situation ne peut durer et il faut remplir la mission. Le calme étant revenu, le commandant Petit demande au lieutenant interprète PAOLI (surnom d'un polonais venu aux F.F.I.) de reprendre avec l'ukrainien MICHALZUK, la liaison avec les unités arrêtées.
    Ils partent et il semble que la mission a été remplie quand, au bout d'un long moment, Michalziiki, blessé au pied, revient vers nous et nous dit que le lieutenant Paoli et lui ont été pris sous un feu violent d'engins ennemis. Le lieutenant Paoli est grièvement blessé. Impossible de maîtriser le feu ennemi qui vient de partout dès qu'on rentre dans la clairière pour tenter d'aller chercher l'officier. Du bois touffu, lfcennemi qui contrôle la clairière par son feu ne sait où nous sommes et nous ignorons aussi où il est exactement.
    D'ailleurs, la situation générale évolue rapidement} les tirailleurs de la compagnie Auge se sont heurtés à des Allemands au coude de laroute de l/ermondans vers ECOT. Des véhicules blindés circulent sur cette route en direction d'Ecot.
    D'autre partt tapie dans le bois, nous voyons passer à une dizaine de mètres de nous une voiture blindée suivie de deux véhicules de grenadiers allemands assis l'arme entre les genoux. Comme à l'exercice, ils passent devant nous sur un chemin forestier qui va de la route d'Ecot à cette coupe de bois sur la hauteur nord de la Combe d'Hyans. Nous les voyons parfaitement à travers les branches. Sur la réponse du Capitaine Auge qu'il ne dispose que de deux coups, de bazooka antichar et que son unité vient d'être renouvelée en grande partie par des jeunes (boujadis) récemment incorporés, le Commandant Petit doit renoncer à attaquer ce groupe blindé ennemi. D'autant qu'un message du Commandant Fournoux du 4ème R.T.T. de Rémondans indique, par radio "qu'il est sans nouvelle de la 7ème Compagnie de son bataillon qui devait progresser dans la Combe d'Hyans au sud de notre position actuelle et nous épauler" II nous précise que "par conséquent notre situation est critique, qu'il est nécessaire de stopper notre attaque et de nous garder de tous côtés".
    De fait, les Allemands s'installent dans les Grands Bois, autour de nous, sur les hauteurs dominant Pont de Roide. Il est à penser qu'ils garnissent ces hauteurs pour permettre un éventuel décrochage de leurs troupes de Pont de Roide.
    Le Commandant Petit avec le F.F.I. Duffieux (son ancien élève du Prytanée de Briançon) reconnaissent une meilleure position défensive ou le groupement s'installe, s'adossant à la pente.
    La radio des tirailleurs tombe en panne. Enfin nous reprenons contact avec un poste qui n'est pas notre correspondant et qui se méfie étrangement de nous. Nous lui expliquons notre situation et lui demandons qu'on vienne nous dégager et nous appuyer avec des blindés. Il nous est répondu "que l'attaque sur Pont de Roide n'a pas réussi, qu'il n'est pas question d'envoyer des blindés et que nous devons nous replier'.1
    L'artillerie allemande tire sur la ferme Rauchamp et dans la pente de la Combe d'Hyans. Les blindés allemands circulent toujours dans les bois.
    Ce 11 septembre vers 1B heures, nous sommes solidement installés et nous nous attendons à livrer un dur combat car du fait que nous sommes des F.F.I. et des déserteurs ukrainiens il ne convient pas1 de tomber entre les mains des Allemands. Malgré cette inquiétude, les Ukrainiens restent confiants dans leur armement et dans leur courage.
    La nuit est venue. L'ennemi grouille de plus en plus dans les grands bois et autour de la ferme MONTPOURON qui semble être le poste de commandement des troupes allemandes destinées à protéger les arrières de leurs unités engagées à Pont de Roide.
    Nous entendons les Allemands guider dans les bois leur artillerie portée (bruit caractéristique des chenilles) et leurs fantassins, avec des ordres gutturaux, amplifiés par la nuit. Puis, au milieu de la nuit, le silence s'installe tout en restant pour nous plein de menaces imprévisibles.
    La Providence veille sur nous et Mahomet protège les tirailleurs tunisiens, avec le grand manteau de la nuit et de la forêt.
    Réunion des officiers et des cadres pour décider d'un plan destiné à nous sortir de cette souricière; il est tentant de nous infiltrer audacieusement par les bois vers le nord où les Allemands doivent avoir un vide derrière leur position et de s'abattre vers la ferme Mauchamp et Goux. Il nous faudrait une troupe homogène, bien en main, manoeuvrière. Ce n'est pas le cas et le manque de renseignements sur la situation ennemie et celle du 4ème R.T.T. qui pourrait s'être replié au sud de la route Pont de Roide-Dambelin, nous oblige à opter prudemment pour un glissement vers l'ouest, à contre pente, par la combe boisée dominant cette route au nord.
    Chacun prend un peu de repos en attendant le petit jour. Les Allemands en font autant.

    12 Septembre
    A l'aube, le Commandement Petit et le lieutenant Fedorov orientent ?? repli avec une patrouille que dirige le sergent Nartchenkoo La progression utilise la contre pente qui nous protège des tirs éventuels de l'ennemi. Nous nous dirigeons vers la ferme Flauchamp. En passant au sud de la grande coupe de bois, nous tâtons l'ennemi. On pourrait peut-être retrouver le lieutenant Paoli.
    La patrouille remarque un paquet vide de cigarettes allemandes. Puis,, on entend le bruit sourd d'un moteur. C'est un blindé allemand embusqué, deux Allemands sont à côté. Le sergent Wartchenko tire dessus avec sa mitraillette. Le caporal Tchernitz le rejoint en rampant et tire aussi. Le tank riposte à la mitrailleuse. Les balles sifflent à une cadence ultra-rapideo Tchernitz reçoit une rafale dans les mains qui lui brise son arme. Le caporal Kraiutchenko reçoit une balle dans le bas du dos. Bogdanov est blessé aussi. La patrouille revient à l'abri de la contre pente0 Nous continuons de filer la courbe de niveau.
    Nous laissons quelques éléments à la ferme Mauchamp et nous envoyons deux éclaireure vers Rémondan (l'un est un des Jeunes fils de Negrebetzki). Nous pouvons de notre position dominante suivre leur traversée de la route de Pont de Roid8 et, bientôt, ils nous signalent qu'ils ont repris le contact avec les tirailleurs de Remondans.
    Le lieutenant Fedorov s'installe dans la région de la Ferme Mauchamp où les habitants donnent du lait aux Ukrainiens.
    Les unités ukrainiennes rejoignent Rémondans.
    Le lieutenant (Commandant) Fournoux, toujours installé dans le village nous ravitaille; il y a presque deux jours que nous n'avons pas mangé.
    Après pnous avoir renseigné sur la situation après cette première tentative pour prendre Pont de Roida, le commandant Fournoux nous conseille de nous regrouper à Dambelin en réserve* Ce qui fut fait après avoir rendu visite à nos blessés soignés au poste de secours de Rémondans*
    Sur nos renseignements* l'artillerie française aidée d'un "mouchard" (piper cup d'observation) pilonne les positions allemandes de la région de la ferme Montpouron qui sera détruite en grande partie*

    13 Septembre
    Regroupement à Dambelin.

    14 Septembre
    Le Commandant Petit va prendre liaison à Pontarlier
    avec le Commandant du Groupement frontière afin d'obtenir un renforcement en cadres du 2ème Bataillon ukrainien, encadrement qui pallierait les difficultés de langage entre nous.

    A son arrivée à Pontarlier il trouve l'ordre du Colonel Fournier. commandant la SR* 02 de rejoindre au plus tSt l'état, major de Besançon* Le Commandant Petit remet ses propositions de citations pour ses Ukrainiens au Lieutenant-Colonel Lagarde* propositions mises au point avec le lieutenant Fédorov avant son départ de Oambelin et rejoint Besançon.
    A Besançon, il prend la direction des 2ème et 3ème Bureaux et retrouve Boulaya, Knoebily, Weinman. La région de Besançon est submergée par les groupes F.F.I. venant du Sud (groupe Schneider* Provence, Alsace Lorraine, celui-ci avec Malraux et le Colonel Oacquot etc.). Il s'agit d'organiser cette avalanche tumultueuse, de préparer l'amalgame, le "blanchiment" de la 9ème Division coloniale, et surtout avec les F.F.I. du Doubs de bloquer lafrontière suisse pour contrôler la fuite de parlementaires et des Collaborateurs notoires vers la Suisse ainsi que de détecter l'action de commandos miliciens français fanatisés dont quelques une avaient mission de saboter les voies de communication de nouchard-Dijono
    Le groupement frontière va entrer dans la composition du Régiment de Franche-Comté et les F.F.I. de ce régiment en formation noue relèvent à la ferme Mauchamp.
    Le Bataillon ukrainien, sur la pression des officiers soviétiques de liaison avec la Première Armée de Lattre, sera dirigé sur Marseille.
    Annexes
    1) Ordre du 4ème R.T.T. pour la journée du 13 Septembre
    1944
    2) Action du Bataillon ukrainien dans la région de U?soûl
    3) Liste nominative (incomplète) d'Ukrainiens du 2ème Bataillon.

    Annexe I PC le 12 Septembre 1944
    4è R.T.T.
    No 3590/-D
    Ordre pour la journée du 13/9/1944
    1) La journée du 12 Septembre s*est achevée de façon très favorable. Le groupement a maintenu toutes ses positions.
    2) Un contact très étroit de l'ennemi a été pris sur l'ensemble du front.
    La mission du Régiment est actuellement de maintenir les positions conquises.
    3) En conséquence, les missions des unités seront les suivantes: 1er Bataillon: Mission inchangée
    2è Bataillon: Achever, si possible, le nettoyage de Vermondans et occuper Rémondans, Neuchatel, Utière, Vermondans et la ferme Mauchamp.
    3è Bataillon: Occuper Pont de Roide
    Bataillon ukrainien: Se regrouper à Dambelin, en réserve de groupement et quittera la Ferme Mauchamp après avoir été relevé par les F.F.I.
    Bataillon -de Franche—Comté: nettoiera les Grands Bois. S'emparera des lisières sud des Grands Bois et s'efforcera de couper la route de Pont de Roide-Bourguignon.
    Bataillon de Provence: tiendra le point d'appui de Glainans et fera patrouille en direction de Blussans.
    R IC M:
    mission inchangée sur les positions tenues et assurer la
    liaison avec les Américains»
    Nota:
    Chaque point d'appui sera organisé défensivement, des mines seront placées sur toutes les directions dangereuses.

    4) Artillerie
    Le 3/67 RAA sera en mesure d'agir au profit du 2ème
    Bataillon, du 3ème Bataillon et du Bataillon de Franche-Comté.
    La CCI. sera en mesure d'agir au profit du i/4e R.T.T. et du Bataillon de Provence.

    5) P.C.R. Inchangé
    Destinataires: Le Colonel Guillebaud Cdt le 4è R.T.T.

    Annexe No II
    Il parait utne pour iihistoire locale F.F.I des Ukrainiens en Franche-Comté, de placer ici le rapport succint écrit par le Capitaine POLICHTCHOUK, sur le Bataillon passé sous le commandement du Commandant BERMONT, Grou-' pement V de la Haute-Saône.

    27 Août 1944
    Les Ukrainiens d'un Bataillon en opérations aux environs de Vesoul ont fusillé tous les officiers et sous-officiers allemands attachés à cette unité puis sont passés à la résistance française. Lee Ukrainiens montèrent leur camp dans le village de MELIN près de Combeaufontaine.

    30 Août
    La lère Compagnie, sous le commandement du lieutenant BOIKO, détruit une station mobile de T S F allemande dans le village de Semmadon (près de Combeaufontaine). 16 Allemands tués, un Ukrainien tué.
    1 Septembre
    Le 2ème groupe du Bataillon (deux Cies) sous le commandement du Capitaine ZINTCHOUK attaque une colonne allemande dans le village de MALVILLERS.
    - 2 camions allemands détruits
    - 5 blessés ukrainiens.

    2 Septembre
    Le ler groupe du Bataillon ukrainien attaque un bataillon de cavalerie allemande lequel s'est installé dans Malin avec l'intention d'attaquer le lendemain les Ukrainiens. Le bataillon allemand fut mis hors de combat. Beaucoup d'Allemands sont faits prisonniers. - Butin: 20 chevaux, 10 véhicules, 200 fusils, 10 mitrailleuses et quelques dizaines de milliers de cartouches. Les Ukrainiens ont un tué et un blessé.

    6 Septembre
    Les 1ère et 2eme Compagnie chassent les Allemands installés dans Nouvelle les Scey qui avaient comme mission de contrôler la route Dijon-Vesotjl.

    7-8-9 Septembre
    Le Bataillon attaque pendant 3 jours une garnison allemande installée à Confracourt. Les Allemands sont forcés de se retirer sur Vesoul. Un lieutenant et quelques soldats allemands sont faits prisonniers. Quatre ukrainiens légèrement blessés.

    13 Septembre
    Le Bataillon ukrainien occupe Combeaufontaine, carrefour de route important, jusqu'à l'arrivée des troupes françaises, obligeant ainsi les Allemands d'éviter ce passage.
    16 Septembre
    Le Bataillon est mis au repos à l'ABBE de la Charité.

    1 er octobre
    Le lieutenant BOIKO avec 250 Ukrainiens sont incorporés dans la Légion étrangère et participeront avec celle—ci aux combats qui suivirent.
    Signé: Capitaine POLICTCHOUK.

    Dean Hérold PAQUIS - éditorial du 20/ 11/ 1943
    "Ceux du Radio-Journal de Paris, dont les noms nous sont familiers, ont demandé l'honneur d'être de ceux qui portent l'écusson noir frappé de deux lettres stylisées SS. Voilà, Je pense, qui me donne maintenant le droit de signer cet éditorial.
    Lorsqu'on Avril 1931, Hitler donnait aux premières formations SS la fière deùiee gravée sur les ceinturons et qui dit:" mon honneur se nomme fidélité" personne, sans doute et même pas le chef de la future Allemagne nationale-socialiste; personne en Allemagne comme en Europe ne pouvait imaginer que le drapeau noir aux lettres blanches pourrait un jour attirer à lui, mystérieux aimant d'une révolution européenne, symbole puissant d'une croisade sentimentale, fier ralliement de nations victorieuses et vaincues, toute la jeunesse d'un monde vieux. C'est cela le miracle de cette guerre* Et nous n'avons pas été exempts en France, de cette contagion magnifique, de cette maladie merveilleuse, la contagion de l'héroïsme, la maladie de la grandeur...
    Voilà le poème guerrier de la SS. Il n'y aura vraiment que les jusqu'auboutistes de l'illusion, que les fanatiques du néant, que les panachards de la bêtise qui n'auront pas compris le sens magique de cet appel muet de deux lettres blanches sur fond noirQ..

    Loi du 22 Huillet 1943, de Vichy.

    "Les Français peuvent contracter un engagement volontaire pour combattre le bolchevisme hors du territoire dans des formations constituées par le gouvernement allemand (Uaffen SS) pour y être groupés dans une unité française".

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